
Septembre 2012. Le lieutenant-colonel Robert Néville, accessoirement chercheur et spécialiste des questions virales, vit depuis trois ans retranché avec son berger-allemand, dénommé Sam (pour Samantha), dans sa luxurieuse maison transformée en véritable bunker afin de se protéger des hordes de démons-zombies, vampires, qui rodent la nuit à la recherche de chaires fraîches. Car depuis 2009, depuis la mutation génétique d'un virus dangereux qui devait nous sauver tous du cancer, depuis que l'humanité a été décimée par ce mal absolument non curatif, le chercheur tente de mener un semblant de vie dans les rues désertes de New York. Errant seul, avec son toutou (le plus fidèle ami de l'homme), avec ses souvenirs (qui permettront au spectateur de remonter le temps et ainsi comprendre comment on en est arrivés à la grande catastrophe). Le jour, donc, jouant au golf sur les ailerons d'un Black Bird (avion supersonique le plus rapide du monde, ici représentation d'une impuissance totale), visitant les immeubles abandonnés, pourchassant en bagnole de sport les troupeaux de biches ayant envahi la ville ; la nuit, poursuivant insatiablement le projet de sauver le restant d'humanité possiblement en vie (car, au début, il y croit), enfermé dans son laboratoire aménagé en sous-sol tout en entendant les hurlements des bêtes maîtresses de la cité. En sortant de la projection, on comprit tout de suite le mécontentement de certains critiques, spécialistes de l'oeuvre d'anticipation du père Matheson. Bizarrement, il existe plus d'une passerelle entre La guerre des mondes de , et Je suis une légende Dans les trois cas, transpire un nihilisme humanitaire, sorte de chape de plomb de fin de vie, nulle part où aller sinon mourir avec le regret d'avoir vraiment tout salopé. Même goût pour l'impuissance face au mal qui détruit tout. Le premier ravissement du film de Francis Laurence, roi du clip vidéo, est donc d'avoir plongé son héros dans un univers totalement apocalyptique. L'immensité citadine, déserte, rongée par une végétation redevenue reine des événements, impose une solitude que l'on partage avec Will smit .Les décors, les lumières, l'humour décalée, façonnent une atmosphère morbide, chaleureusement glauque. Mais les errements et le devenir de notre Robinson Crusoe urbain laissent un goût d'inachevé dans la bouche. C'est la fin du film qui bloque, très lointaine de l'oeuvre d'origine, un dénouement qui contrecarre toutes les désillusions qui nous avaient accompagnés durant le film. On ne pourra, non plus, passer à côté d'une critique des effets spéciaux - que l'on parle des bêtes sauvages, comme des zombies-vampires -, sortes de trucages version pas vraiment une très grande réussite. Avec une autre fin (peut-être celle du livre, faudra qu'on le lise), avec un meilleur travail des maquillages, avec un scénario un peu plus vitaminé, Je suis une légende aurait cassé la baraque pour s'imposer comme une authentique ode au désespoir humain, critique acerbe d'un progrès soi-disant bénéfique pour tous, réflexion sur un devenir qui s'obscurcit de jour en jour. Finissons notre bafouille avec une vérité maintes fois rabâchée : dans tout ça, c'est bien l'Homme qui tuera l'Homme. Le plus horrible, c'est qu'on parle d'ores et déjà une suite à "Je suis une légende". Là, nous ne sommes pas rassurés.
Écrit par Reynald Dal Barco

Bravo pour ton texte
RépondreSupprimerJ'ai écoutée le film, très bon.
Continue ton travaille